Zombillénium, une BD pas comme les autres

Dernière mise à jour : 25 févr.
Comment parler de bande dessinée sans parler de l'une de mes saga préférée : Zombillénium. Cette saga nous plonge au coeur d'un univers où les défunts, devenus créatures fantastiques (zombies, vampires, loups garous, momies, squelettes et bien d'autres encore) sont forcés à travailler dans un parc d'attraction qui met l'épouvante au coeur de son business : Zombillénium. Les visiteurs pensent avoir affaire à des comédiens, mais les monstres sont employés à effrayer les visiteurs, chaque jour, parfois même la nuit. Chacun des protagoniste est attachant à sa manière, et l'ambiance du parc est complètement fabuleuse. Cette saga représente mon premier contact avec l'univers de la bande dessinée.
Des monstres : reflet de marginalités
Dans l'univers établit par Arthur de Pins, chaque monstre, chaque personnage, est en lui-même une métaphore de la marginalité. Tous attachants à leur façon, ils sont le reflet d'une société de minorités à laquelle nous avons affaire chaque jours. La diversité n'apparaît pas comme un quotas forcé, mais comme un moteur du récit. Ce parc original n'existe que grâce à tous ces protagonistes marginaux, et chacun, très différents les uns des autres, a un impact très particulier sur le lecteur.
Dès les premières pages du premier tome 1, nous sommes confrontés à deux réalités : l'objectification des femmes et la persécution envers la communauté afro-américaine. En effet, Gretchen, dès la page 8, est confronté dans un bar à de vieux hommes libidineux qui lui font des remarques déplacés sur son identité profonde : une jeune femme gothique. Elle leur répond très vite, ne se laissant pas faire.
Au fil des tomes, un thème revient : les femmes sont puissantes et émancipées. Gretchen, figure de proue, sorcière puissante stagiaire à Zombillénium, se rebelle et montre une réelle supériorité en terme de puissance. Plus tard, d'autres sorcières apparaissent elles aussi comme figures de puissance ultimes.
Ce ne sont jamais des demoiselles en détresse, mais des combattantes puissantes, voir effrayantes. Ce qui est très important dans la saga, ces que ces sorcières, puissantes et indépendantes, sont des humaines, les seules non défuntes du parc. Elles renversent ce qu'on appelle le "male gaze" (regard masculin), parfois en le critiquant ouvertement, et l'autorité patriarcale, représentée majoritairement par les vieux démons ou les actionnaires de l'activité du parc.
Le parc ne recrute pas de "profil type", et recrute ses intervenants partout, à toute époque, ce qui crée une véritable diversité des visages, une diversité ethnique et globalisée. En effet, nous retrouvons un pharaon momifié, le squelette je cite "d'un militant noir pacifiste", des vampires de tous horizons, des sorcières ukrainiennes, coréennes, anglaises et américaines, autant de personnages qui bouleversent les représentations ethniques et sociales de cet univers fantastique. Paradoxalement, en mourant, chacun des personnages échappe aux préjugés raciaux pour se retrouver avec une toute nouvelle forme de hiérarchie, non plus basée sur une ethnie, mais sur des races : Vampires VS Loups Garous, Zombies ...
Au-delà du fantastique, l'œuvre devient un terrain d'exposition des maux de l'âme. La marginalité des jeunes personnages y est viscérale, ancrée dans des problématiques de santé mentale. De la dissociation à la mélancolie profonde, en passant par la dépression ou les abus parentaux, pour ces écorchés vifs, le parc fait office de refuge. Ils y troquent l'agitation épuisante du monde des vivants contre le silence léthargique de l'outre-tombe.
Une critique du capitalisme
Mais au-delà de l'aspect représentatif et incluant de l'oeuvre, le parc d'attraction est également une métaphore du capitalisme, où chaque individu est condamné à travailler, même dans la mort, où le contrat de travail est un contrat d'âme. Chaque individu travaille sous la menace de finir dans une sorte d'enfer brulant dirigé par des démons. Zombillénium critique ici l'aliénation des individus par le travail. On ne travaille plus pour s'épanouir ou s'occuper, on travaille pour rembourser une dette que nous n'avons même pas demandée et dans la peur de disparaître définitivement. Même mort, nous devons être productifs.
Dans ce cadre, les démons sont des sortes de dictateurs de l'après monde, ils ont le droit de vie et de mort sur chacun des travailleurs du parc. Les Vampires représentent l'élite, les cadres dirigeants, riches et méprisants, plus anciennes créatures. Les zombies et les squelettes sont l'équivalent du prolétariat, la main d'oeuvre, interchangeable et maltraitée, vus simplement comme des pions remplaçables. Avec cette métaphore, l'oeuvre illustre une reproduction sociale systématique : les "dominants" du monde des vivants restent dominants même dans la mort.
Une vision particulière de l'Après-Monde
Loin du repos éternel, l'après-monde d'Arthur de Pins est une extension bureaucratique de notre réalité. Le CDI est représenté comme éternel. La satisfaction client et le dur labeur des travailleurs se poursuit dans la mort. Le premier après-monde est une condamnation au travail forcé et éternel, mais reste sous le joug d'une condamnation à un enfer encore plus pénible : le niveau -9.
Cela contraste indéniablement avec l'environnement des personnages. En effet, le parc d'attraction est lieu de joie et de bonheur, emplit de rire dans l'imaginaire commun. Chacun de nos protagonistes travaille au coeur d'un lieu idyllique mais les conditions y sont pitoyables.
Mais une lueur d'espoir persiste. Un après monde après l'après monde. En effet, une fois les âmes libérées de l'emprise de Behemoth , le diable en charge du parc, celles-ci pourraient enfin être libre, obtenir une mort sereine et paisible. Zombillénium n'est pas qu'un roman de monstres. C'est à la fois une critique sociétale profonde et une vision originale de l'après monde, de l'après mort. C'est par cette singularité que cette bande dessinée se veut originale et critique. C'est grâce à ces thématiques, mêlées à un univers magique, que cette oeuvre a trouvé sa place dans mes lectures préférée. Et je pense qu'il faudra beaucoup de temps pour qu'une autre bande dessinée ne surpasse cette saga.
Bientôt, je vous parlerai d'une autre BD, mais surprise d'ici-là ! 🤭



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