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Yellowface, R.F. Kuang

Photo du rédacteur: SUCHET Doriane
SUCHET Doriane
26 déc. 2025
4 min de lecture

Lorsque vous apprendrez à me connaitre à travers mes chroniques, vous comprendrez qu'il s'agit pour moi ici de parler de l'une de mes auteures favorites : R.F. Kuang.


S'il faut que je décrive cette auteure, je pense opter pour le terme d'« intelligence en mouvement ». Née à Guangzhou en 1996, elle a migré aux États-Unis (au Texas) à l'âge de quatre ans, une expérience de déracinement et de double culture qui irrigue profondément toute son œuvre.


Ce qui frappe chez Kuang, c'est que son écriture est indissociable de son parcours académique impressionnant. Elle n'est pas seulement une romancière ; c'est une universitaire chevronnée qui dissèque les structures du pouvoir avec une précision rare :


Après un premier succès avec sa saga La Guerre du Pavot (dont je parlerais dans une autre chronique), à 19 ans, elle poursuit sa carrière précoce avec Babel, roman dans lequel on perçoit indéniablement son parcours universitaire comme essence à son imagination.


Après le coup d'éclat de sa saga La Guerre du Pavot (œuvre dense sur laquelle je reviendrai dans une autre chronique) à seulement dix neuf ans, R. F. Kuang confirme la précocité de son génie avec Babel. C'est en 2022, après deux succès mondiaux, qu'elle publie Yellowface, dont je vais vous parler aujourd'hui.


Contrairement à beaucoup d'auteurs, Kuang utilise le savoir comme un élément de tension dramatique. Chez elle, l'érudition ne sert pas à décorer le récit, elle est le moteur même de l'intrigue. Elle pose la question suivante : « Que se passe-t-il quand ceux qui détiennent le savoir détiennent aussi le pouvoir ? ».


Il est impossible d’évoquer Yellowface sans s’arrêter un instant sur sa couverture, véritable coup de poing visuel. Le jaune saturé qui est utilisé, aggressif, n'est pas du tout un choix esthétique : il est là pour interpeller, provoquer le lecteur. Mais ce sont ces deux yeux, minimalistes et perçants, qui retiennent le plus l’attention. La couverture nous place d'ores et déjà dans une situation d'incomfort, de malaise : qui est cette personne qui nous observe et pourquoi semble-t-elle nous provoquer ?


Après avoir longtemps attendu que ce roman sorte en poche, je me suis hâtée de le commencer. Je m'étais garder de lire quelconque critique ou de regarder des vidéos sur le sujet tant je voulais découvrir cette autrice. Et cela n'a pas été sans surprise.


L'histoire nous plonge dans une amitié assez déroutante entre June Hayward et Athena Liu. Athena, d'origine asiatique, autrice de grands romans à succès et June, occidentale, ancienne camarade de classe d'Athena dont la carrière n'a jamais décollée. Ce qui nous marque dès le début, c'est la façon dont toute leur amitié semble construite, fausse, imagée, les deux protagonistes « performants » leur relation. L'une est jalouse, l'autre gênée. Cependant, lorsqu'un soir, June va se rendre chez Athena et que celle-ci va mourir sous ses yeux, June y voit une faille sans précédent : l'occasion de comprendre le génie de son « amie ». Et c'est là que tout va commencer.


Ne vous inquiétez pas, je vous vois venir. Non ce n'est pas du spoil, tout ce que je raconte est sur la quatrième de couverture. J'aurais bien noté « analyse » si ça avait été le cas. Bref, revenons-en à nos moutons.


Ce roman nous plonge au coeur du monde de l'édition, et c'est pour moi la partie la plus difficile du roman pour un lecteur inexpérimenté. Les scènes avec les éditeurs, les campagnes de marketing et les statistiques de ventes sont relativement longues et peuvent paraitre redondantes. Ainsi, pour ma part, déjà connaisseuse plus ou moins du monde de l'édition et plutôt renseignée sur le sujet, cela m'a permit de mieux suivre ces scènes très réalistes. R. F. Kuang nous décrit ici une monde de l'édition très compétitif et exigeant. Cette immersion complète donne au roman une dimension très unique et addictive.


L'auteure nous propose aussi une exploration de sujet culturels très intéressants : de l'appropriation culturelle à la dépression, en passant par la culpabilité et la cupidité, elle nous offre ici un véritable panel de sujets sociaux, culturels et psychologiques. L'auteure capture avec précision comment un simple mensonge peut évoluer en une identité complète, une raison de vivre, parfois même alors qu'on tente désespérement de stopper celui-ci.


Ce que j'ai beaucoup aimé également, ce sont les petites références aux autres oeuvres de l'auteure. Nous avons un clin d'oeil (même plus qu'un clin d'oeil à ce stade) à La guerre du pavot, mais aussi à Babel et à son prochain roman Katabasis (qui n'existe pas encore en français...), ce qui ajoute une couche supplémentaire d'ironie et de conscience au roman. Ces petites références métatextuelles confèrent au livre une touche intelligente et ludique sans jamais briser son élan dramatique.


Ce fut pour moi une excellente lecture, mais je recommenderais aux plus fervent de tropes (romances, fantasy ...) de s'aventurer sur les autres oeuvres de R. F. Kuang avant celle-ci.


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