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Le Restaurant des recettes oubliées : la recette ultime du roman réconfortant (à consommer à petite dose !)

Photo du rédacteur: SUCHET Doriane
SUCHET Doriane
14 août
2 min de lecture

Si vous avez lu mon article de la semaine dernière sur Le chat qui voulait sauver les livres, vous savez à quel point j'aime me plonger dans ces lectures cocooning venues du Japon. Mais aujourd'hui, on passe clairement à la vitesse supérieure dans la catégorie du roman cyclique avec Le Restaurant des recettes oubliées de Hisashi Kashiwai.


Prenez une bonne pincée de nostalgie, une cuillère de cuisine japonaise traditionnelle et un zeste de magie, vous obtenez la promesse d'un voyage culinaire et émotionnel irrésistible. Pourtant, sous ses airs de fable apaisante, c'est un livre charmant qui demande une méthode de dégustation bien particulière pour ne pas frôler l'overdose. Laissez-moi vous expliquer pourquoi, évidemment sans le moindre spoiler.


Le pitch nous emmène dans une ruelle discrète de Kyoto, à la recherche du restaurant Kamogawa. Tenu par Nagare, un ancien policier devenu un cuisinier hors pair, et sa fille Koishi, l'endroit cache une activité bien spécifique. En plus de régaler ses rares visiteurs, l'établissement abrite une agence de détective culinaire. Leur mission consiste à reconstituer à la perfection un plat du passé qu'un client désespère de retrouver, qu'il s'agisse de la tempura d'une mère disparue, d'un plat d'enfance ou des sushis d'un vieux maître. Une seule bouchée suffit alors à faire remonter une vague de souvenirs enfouis et d'émotions oubliées.


Si je comparais la semaine dernière Le chat qui voulait sauver les livres à la structure d'un jeu vidéo avec ses niveaux successifs, sachez que ce roman-ci pousse le concept de la cyclicité encore plus loin. L'histoire est découpée en six chapitres qui suivent rigoureusement le même schéma mécanique. Un client arrive par hasard, passe commande auprès de la fille en racontant ses souvenirs, puis revient deux semaines plus tard pour déguster le plat reconstitué par le père avant de fondre en larmes d'apaisement. Rien ne varie d'un chouïa. Au bout de la troisième histoire, le déroulé devient tellement prévisible qu'on pourrait presque réciter les dialogues à la place des personnages, ce qui rend la lecture d'une seule traite particulièrement indigeste.


C'est là que réside toute la clé de ce livre : il faut impérativement adapter sa manière de lire. Contrairement au Chat qui voulait sauver les livres qui gardait au moins un fil conducteur à travers la quête de son jeune héros, ce restaurant fonctionne plutôt comme un recueil de nouvelles indépendantes. Mon conseil pour en profiter pleinement est d'en faire un véritable rituel du soir en lisant exactement un chapitre de temps en temps. Entre deux romans plus denses ou après une journée chargée, on se plonge avec bonheur dans l'ambiance feutrée de Kyoto et la description ultra-détaillée des plats qui donne une faim terrible à 23h, avant de reposer sagement le livre pour quelques jours. Consommée ainsi comme une petite friandise occasionnelle, cette répétitivité cesse d'être ennuyeuse pour devenir un rendez-vous rassurant.


En fin de compte, Hisashi Kashiwai signe un havre de paix littéraire qui plaira énormément aux passionnés de gastronomie nippone et aux lecteurs en quête d'une pause poétique avant de dormir, pour peu qu'on ne cherche pas une intrigue à suspense ou un récit plein de rebondissements.


Et de votre côté, s'il y avait un plat de votre passé que vous rêveriez de re-goûter une dernière fois, ce serait quoi ?

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