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Un roman jeunesse qui critique notre société : Sublutetia

Photo du rédacteur: SUCHET Doriane
SUCHET Doriane
23 juil.
3 min de lecture


La littérature jeunesse est une porte d'entrée vers des mondes imaginaires et joue un rôle essentiel dans l'épanouissement des enfants. Elle leur offre un espace de détente et d'évasion, où les mots se transforment en aventures riches et colorées. Toutefois, au-delà de cette échappatoire, il s'agit également un puissant vecteur éducatif. Grâce à des histoires soigneusement élaborées, elle offre aux jeunes lecteurs l'occasion de développer leur esprit critique, de renforcer leur compréhension du monde, et d'approfondir leurs connaissances sur des sujets variés.


Je vais aujourd'hui me concentrer sur le roman d'Eric Senabre : Sublutetia. Ce roman jeunesse, à partir de 11-12 ans, nous invite à suivre Nathan et Keren dans les profondeurs de Paris, bien plus profondément que le métro parisien que nous connaissons tous. Au coeur de leur périple, ils n'ont qu'une seule chose en tête : rejoindre la surface. Mais les évènements vont prendre une toute autre tournure lorsque ceux-ci sont pris pour cible par un groupe de personnes vivants dans ces profondeurs.


Commençons par mon avis général. Sublutetia est extrèmement bien écrit, on ne s'ennui jamais. L'auteur parvient à nous maintenir en haleine tout au long du roman, entre les souterrains labyrinthiques, les orang-outans aggressifs, les batailles, les découvertent toujours plus folles et l'histoire plus ou moins détaillée du métro parisien, il est impossible de lâcher cette lecture. La narration est sublime, les descriptions idylliques. C'est une très grande réussite littéraire.


La ville de Sublutetia, qui se trouve sous-terre, est une ville-reflet de Paris, une version plus somble où vivent marginaux et exclus du monde de la surface (Paris). C'est à la fois un doublon dystopique où le régime tend au totalitarisme et est parfois (même plutôt souvent) désorganisé. Les différents peuples ne s'entendent pas et se menacent perpétuellement, mais aussi un doublon utopique, sans règles strictes, sans argent, sans travail, où se nourrir n'est plus une corvée et où on peut s'adonner à toute sorte de loisirs. Je trouve cela très bien pensé, car cela permet au lecteur de voir une critique sociétale camouflée : est-ce que travailler pour vivre est réellement le seul système acceptable, l'argent fait-il le bonheur, notre soif d'argent et de pouvoir ne risque-t-elle pas de nous aveugler dans notre quête du bonheur, autant de questions que se pose un lecteur aguerri en lisant cet opposition entre monde de la surface et monde souterrain. Et c'est là l'occasion de former des enfants à avoir leur propre esprit critique.


Ce qui m'a également marqué dans ce roman, c'est l'opposition orang-outans - humains. Bien que peu signifiant de premier abord, la présence de cet espèce en particulier n'a en vérité rien d'anodin : c'est le reflet de la société humaine elle-même, primitive. Le clan des orang-outans a développé la langue des signes, dans ce roman, afin de se comprendre et de se faire comprendre, là où les humains, eux, ne la connaissent pas. Alors que des hommes isolés dans des souterrains où le travail n'est plus un pré-requi, ont bien le temps d'apprendre cela. En face d'eux se trouvent des hommes aux technologies avancées qui ne parviennent pas à les comprendre et sont terrorisés face aux orang-outans et qui finissent, inévitablement, par risquer de s'entretuer.


Nous retrouvons également la menace de l'industrialisation. En effet, cette ville souterraine et ses habitants sont menacés par un industriel, Kerizouet, qui est sur le point de construire un batiment sur leur "ciel" (un ciel fait de micro cristaux qui forment un miroir du ciel surfacien). Là où, dans le roman, l'industrialisation menace une population souterraine, dans la vie de tous les jour, ce sont des écosystèmes et une stabilité du sol qu'elle menace. Je trouve ça très intéressant de sensibiliser dès le plus jeune âge aux impacts que peuvent avoir de telles entreprises sur un écosystème que, la plupart du temps, nous ne voyons pas.


Ce roman d'Eric Senabre n'est donc pas simplement un roman d'aventure jeunesse, mais bien une critique sociétale construite, métaphorique, qui permet au lecteur de se remettre lui-même en question. C'est une très belle histoire remplit de rebondissement, d'amitié, ces liens qui se forment sur le chemin, ces lieux qui ont une place particulière dans nos coeurs. Je ne peux que vous recommender d'acheter ce livre à vos enfant, ou de le lire vous même. Mais, attention, c'est une saga ! 😄













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