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Sicario bébé, Fanny Taillandier

Photo du rédacteur: Nina
Nina
27 mars
4 min de lecture

Cet article est écrit sous le coup de l’émotion de la fin de lecture. Je ne m'attendais pas à être émue à la fin de Sicario bébé, triste oui, mais pas émue. Pour vous mettre dans le contexte de la lecture, je ne peux que citer l’épigraphe très évocatrice :

“Ces deux dernières années ont vu l’emploi croissant d’équipes de très jeunes tueurs, inexpérimentés, et quasi inconnus auparavant des autorités. Pour la première fois aussi, toute la France est concernée, y compris les villes moyennes – voire petites – et les zones rurales, pas seulement les régions touchées traditionnellement par le trafic.” Rapport confidentiel de l’Office central de lutte contre le crime organisé, 2023.

C’est ce rapport qui a fait germer la graine créative de Fanny Taillandier pour écrire ce roman, pour raconter l’histoire d’un couple bientôt parents et sans argent dans un monde froid et brutal, mais surtout réel. J’ai pu assister à son propre témoignage concernant l’écriture de ce livre au cours d’une rencontre en regard croisé entre elle et Gabrielle de Tournemire à la Gaîté Lyrique à l’occasion du festival Effractions.


Le thème m’a immédiatement touché, même si ce n’est pas ce que je peux lire d’habitude. Je l’ai acheté, elle me l’a dédicacé : “Pour Nina, Sicario bébé, une histoire d’amour... et d’aventures.” Ouais, bah sacré claque dans la gueule, comme on dit.


C’est donc l’histoire de Blaise et Djen, ou plutôt Djen et Blaise, parce que Djen est comme Pénélope, et je trouve cela injuste de la cacher derrière Ulysse. Un jeune couple super amoureux qui apprend avec une joie sans égale qu’ils vont avoir un bébé. Ils ont 17 ans, certes, mais ils s’en moquent, ils sont amoureux et ils veulent fonder une famille. Leur véritable problème, c’est l’argent. Sans un rond, comment acheter une poussette, un tricycle rouge ou des vacances en bord de mer ?


C’est là que les pubs sur les sites frauduleux comme “Devenez milliardaires en 8 minutes !!!” deviennent alléchantes. Mais la réalité est plus dure, et pour avoir de l’argent vite à 17 ans, sans personne pour nous épauler... on peut vite tomber dans l’illégalité. Donc, sous les conseils de son cher ami Bobby, Blaise et Djen se retrouvent dans des affaires de mafias, de drogue... et de tueurs à gage. C’est là que le titre prend son sens.


Ce dont Fanny Taillandier a beaucoup parlé lors de cette conférence, notamment, et que j’ai

particulièrement apprécié dans ce livre, c’est la manière dont elle manipule la parole de ses personnages. Elle allie grande tournure littéraire et symbolique avec le langage de l’argot, proprement actuel et brut.


Quelques exemples, parce que ça mange pas de pain, de mes citations préférées :

“Le monde n’était que paix, ordre, calme, et nous juste de l’autre côté de la fenêtre aux prises avec le sac de nœuds des choix qui nous engagent toute la vie.”
“Peut-être était-ce l’adrénaline qui commençait à twerker sur ses neurones, déjà enjaillés par tout le THC bien poisseux qu’il collait dessus depuis qu’on avait pris la route.”
“Un trou dans les nuages rouges sur quelques étoiles indifférentes ; la pluie plus forte.”
“Elle eut sa grimace zarma je suis excédée alors qu’en fait je suis attendrie.”

Les deux premières phrases sont de Blaise, qui peut facilement tomber dans le symbolisme au cours de ses contemplations, mais qui a une façon assez comique de décrire l’état de Bobby défoncé. Les deux dernières sont de Djen, avec son côté plus poétique, toujours concise et terre à terre, qui a, elle, une façon de décrire ses proches qui est si agréable à lire. Vous l’avez donc deviné, la narration entrecroise leurs points de vue, rendant la lecture dynamique avec des moments de suspens intense.


Une des choses que j’ai préférées dans ce roman, c’est l’attention donnée aux titres. J’accorde beaucoup d’importance aux titres, parce que je trouve que c’est si dur à composer. De ce fait, j’apprécie réellement quand on ressent, en tant que lecteur, qu’une intention particulière a été placée dans la réflexion de ces derniers. J’ai déjà parlé du titre du roman, que je trouve très ingénieux, mais je suis particulièrement attachée aux titres des quatre chapitres. Chacun d’entre eux peut être retrouvé dans le texte, et montrer un rouage de l’histoire propre à l’interprétation. J’aime surtout celui du tout dernier chapitre de clôture, qui m’a particulièrement émue :

“On descend jusqu’à la petite plage de béton, la même où je suis allé avec mon poto, la première fois que je suis venu ici.”

Je m’attendais à une mauvaise fin, qu’elle soit décevante parce que personne n'est heureux ou parce qu’elle s’arrête sur un de ces cliffhangers que j’abhorre. Mais non, c’est une fin douce-amère, exactement celle qu'il fallait finalement. Je ne peux que le recommander, c’est poignant, les personnages sont attachants, on vibre avec eux jusqu’au bout. Et pour finir, une petite citation de l’iconique Bobby, qui ne voulait pas du trope “one bed” avec Blaise pendant qu’ils étaient en planque pour aller descendre un gars.

“Wesh, on va pas dormir dans le même lit !”

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