Katabasis, de R. F. Kuang

Eh oui. Je ne pouvais pas passer à côté de ce classique enfin traduit. Sortit le 5 mars dans nos librairies francophones, ce nouveau roman de R. F. Kuang a obtenu toute mon attention. Je l'ai comencé le jour même de sa sortie. Je préfère prévenir, c'est une lecture assez complexe. R. F. Kuang, dans la continuité de Babel, nous propose ici Katabasis, un roman très académique qui reprends le mythe de descentes aux enfers en les revisitant à sa manière. On y suit Alice et Peter, deux doctorants en passe de soumettre leur thèse, qui décident de descendre aux enfers afin d'y retrouver leur professeur de thèse, récemment décédé, pour pouvoir terminer leurs études et soumettre leur thèse signée par celui-ci. Mais Alice et Peter on un passif : étudiants en concurrence, il ne se connaissent que peu et chacun porte de lourds secrets en lui.
J'ai beaucoup aimé le format de la narration. L'intertextualité omniprésente, Kuang s'amuse avec les textes classiques, et si vous aimez quand un récit discute avec l'Histoire et la littérature, vous allez être servis, mais aussi la structure labyrinthique où le livre ressemble en lui-même à l'enfer qu'il décrit, et beaucoup de choix de narration qui m'ont eu dès le début.
Alice et Peter ne ne sont pas des amis, ce sont des concurrents. Chacun porte ses secrets et leur passif rend chaque dialogue électrique. Ce qui est brillant, c'est de voir comment Kuang transforme les tourments éternels en une métaphore géante de la vie de chercheur. Alice et Peter ne fuient pas des démons, ils fuient l'oubli académique. Le fait qu'ils soient prêts à risquer leur âme pour une simple signature montre à quel point le système les a brisés. C’est une critique acerbe de la culture du sacrifice dans les universités d'élite : on nous apprend que souffrir pour sa thèse est noble, alors qu'ici, c'est littéralement mortel.
En revanche, pour ma part, j'ai trouvé les 120-150 dernières pages un peu longues, bien que la fin ai été très intéressante. Après c'est personnel bien sûr, et cela n'enlève rien à l'originalité et la beauté de ce roman. Je pensais, en commençant, que ce serait un 5/5, mais je m'arrête plutôt sur un 4-4.5/5

Commentaires