Une pension en Italie

Comment ne pas écrire un article sur ce roman de Philippe Besson ? Je pense que c'est la première fois depuis bien longtemps qu'un roman me bouleverse autant. Et pour une fois, c'est une sortie récente ! Bon, je vous préviens, il y aura pas mal de spoil. Mais j'ai besoin de décortiquer Une pension en Italie dans tous ses détails.
La quatrième de couverture nous promet du suspens et de la sensualité, dans un environnement très spécifique : la Toscane des années 60. On y suit une famille, Gabrielle, la mère de famille, Paul, son mari, et deux petites filles, Suzanne, 18 ans, mère du narrateur et Colette, 10 ans. Ils ont fait le choix de l'Italie pour leurs vacances, et Paul, professeur d'italien, s'est chargé de planifier tout le séjour.
Dès les premiers chapitres, l'auteur nous place les personnages (la famille, les autres résidents de la pension), la météo, les repères spatiaux et temporels. Nous avons là toutes les clés en mains pour comprendre et situer le récit. Dès la page 26, le roman se veut progressiste. L'auteur (qui est également le narrateur) questionne une première fois les rôles "traditionnels" dans le couple : le femme "concrète, pragmatique, organisée, ordonnée, veillant à ce que tout soit à sa place" et le mari "rêveur", et finit son paragraphe par une question rhétorique :
"Est-ce que ça a tellement changé ?"
Lorsque Sandro, le cuisinier de la pension, est introduit dans la narration, le climat change. Il est décrit comme inquiétant, l'atmosphère de cette pension italienne presque idyllique devient pesante. On voit en lui une menace. Dès son entrée en scène, chaque fin de chapitre annonce un drame. Philippe Besson reprend ici les codes du thriller pour annoncer une catastrophe, un bouleversement dans l'histoire de cette famille. L'éloignement des personnages par rapport à leur maison, ainsi que la barrière de la langue (seul Paul et un petit peu Suzanne parlent italien), renforce ce climat angoissant.
Paul attrape alors un coup de soleil sévère et décide de prendre la journée de repos. Le narrateur, avant de poursuivre son récit, brise alors le quatrième mur en s'adressant directement au lecteur. C'est ensuite que le "drame familial" survient. Paul et Sandro, seuls dans la pension, auront une aventure. Paul le sait, c'est la destruction de toute sa famille s'il en parle. Et Sandro sait. Il sait que cela représente beaucoup pour Paul. Alors, leur étreinte est interrompue très sèchement par Paul, et le secret familial naît.
Paul, au départ, ne comprends pas. Il a refoulé son homosexualité si longtemps que ce n'était même plus envisageable pour lui. Pourtant, dans le feu de l'action, il a agit par instinct, par envie. Et cela l'a bouleversé. Mais ce n'est pourtant pas la première fois que ces "penchants" font surface. Nous sommes alors ramenés dans son passé. Mais il n'arrive pas à mettre de mots dessus et lutte :
"Il ne caractérise pas cette attention, ne la nomme pas, ne la comprends pas mais il s'agit bien de ça, du premier élan. S'il devait absolument qualifier cette attention, il parlerait de curiosité sans doute. Ou de distraction [...]"
L'homosexualité est un tabou. Nous sommes en 1920. On en comprends pas parce qu'on ne DOIT pas y réfléchir. Paul pense avoir besoin d'aide, devoir être sauvé, être anormal, perturbé. Mais c'est là la première conscience d'une homosexualité qu'il refusera catégoriquement d'admettre.
Plus tard est évoquée l'affaire d'un voisin homosexuel dénoncé puis tabassé dans les années 60. C'est Suzanne qui raconte cette histoire au narrateur. Cette parenthèse n'est pas anodine. C'est une explication, l'explication des raisons du refoulement de Paul. Et Suzanne, malgré son jeune âge à l'époque, montre déjà beaucoup de compassion pour ce cas :
"Pourquoi on le traite comme ça ? Il n'a tué personne. Et ils avaient l'air de bien s'aimer ces deux-là."
Puis, de retour au voyage en Italie, de retour à la pension, Paul décide de se reposer encore quelques jours et sa famille part en expédition sans lui. Alors, une seconde aventure se passe avec Sandro. Mais cela est différent : cette fois, Paul l'a voulu. Il n'a pas été surpris, il y a pleinement consentit. Alors une véritable discussion s'engage : comment Sandro a véc l'acceptation de son homosexualité, qui ils sont au plus profond de leurs être. C'est là que la véritable connexion se crée. Et Paul apprends que pour Sandro, les choses ont été difficiles, mais que sa propre mère l'avait accepté, avec cette si belle phrase :
"Tu seras malheureux parce que tu devras te cacher mais tu serais plus malheureux encore si tu te mens, si tu te trahis."
Alors, Paul prends un décision ultime : en parler. Il annonce tout à Gabrielle, sa femme, et elle s'enfuit. Elle le laisse au beau milieu d'une colline, part avec les enfants et ne reverras jamais plus Paul. Paul restera en Italie. Avec Sandro.
"[...] on ne peut pas vivre éternellement dans le déni et on a le droit d'avoir une vie à soi."
Le narrateur, lui-même homosexuel, ne peut s'en empêcher, il est touché par la situation. Sur un fond d'enquête où il retrace le parcours de son grand père, il découvre alors son amant, son secret, son histoire. La rédaction est touchante, le récit bien construit. On saute d'une époque à une autre de la vie de Paul de façon si fluide. La morale est belle : est-ce vraiment une erreur de choisir ce qu'on aime et qui on aime ? Est-ce une erreur de choisir son propre bonheur à sa propre famille ?
C'est là mon premier 5 étoiles de l'année 2026 (dès le début) ! J'aurai aimé pouvoir vous en dire plus, mais je n'ai malheureusement pas pu me rendre à la rencontre ave l'auteur. Mais j'ai fait de mon mieux pour vous transmettre mon amour pour ce livre.



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