Un Automne pour te pardonner, Morgane Moncomble [SPOIL]
- LE NÉVEZ Cassandre

- 3 avr.
- 7 min de lecture
Je sais, j’arrive après la guerre. Mais, déjà, les romances ce n’est pas trop mon truc : entre les clichés vus et revus qui me font lever les yeux au ciel et les intrigues inintéressantes, j'en lis peut-être trois tous les ans. En plus, j’attends toujours la sortie du format poche si le broché n’est pas particulièrement beau ou n’a pas une version reliée collector (pas envie de mettre plus de vingt euros dans un livre pas beau alors qu’il sera à huit euros dans un format plus pratique à lire si je suis un peu patiente).
Objectivement, je pense que Morgane Moncomble est une très bonne auteure de romances, mais ayant aimé L’As de Cœur et très peu apprécié L’As de Pique, c’était quitte ou double pour cette troisième lecture. Un Automne pour te pardonner était celui qui m’attirait le plus dans la saga Seasons (ça tombe bien, c’est le premier tome) et j’avais réussi le coup de maître de ne pas me faire spoil ce fameux plot twist final dont tout le monde parle.
Alors, ce livre n’a pas non plus été un coup de cœur (j’en ai rarement) mais je m’en souviendrai avec plaisir et ma lecture a été très agréable : mis à part quelques facilités scénaristiques, je n’ai trouvé aucun défaut majeur et j’ai adoré l’intrigue et les personnages. Un Automne pour te pardonner s’en sort pour moi avec un très bon 4/5. Je l’ai commencé sans grandes attentes mais j’ai en quelques sortes redécouvert la romance ce mois-ci et, bien que ce ne soit toujours pas mon genre de prédilection, je reconnais que c’est facile et pas prise de tête à lire. Très agréable pour se remettre dans la lecture après une panne, un livre qu’on n’a pas aimé ou une lecture plus compliquée comme une fantasy adulte ou un thriller très sérieux.
Ce qui m'a le plus frappée durant ma lecture, c'est l'absence quasi totale de clichés (je pense qu’on en trouve toujours au moins un ou deux dans les romances, c’est inévitable). C'est tellement rare dans ce genre littéraire que ça mérite d'être souligné en premier. J'ai dévoré les trois quarts du livre en une seule soirée, finissant à 2h du matin parce que c’était tellement juste et addictif, je n’ai jamais été coupée en pleine lecture en me disant « WTF, qui ferait ça dans la vraie vie ? ».
Les réactions des personnages étaient enfin réalistes, pas de dramas inutiles basés sur des malentendus ridicules. Quand Alastair essaie de les embrouiller, Lou et Camélia réfléchissent, doutent et vérifient avant de se disputer et détruire leur relation bêtement. Alastair dit à Lou que c’est Camélia qui l’a dénoncé à la police, et Lou, en vrai homme intelligent, ne le croit pas du tout. Combien de fois j'ai lu des « Comment il a pu dire ça sur moi ? Qu'il m'oublie » simplement sur la base des paroles de quelqu’un sans même accorder le bénéfice du doute à son gars/sa meuf ? Si on me dit que mon gars a dit un truc sur moi ou fait une dinguerie, jamais je ne vais y croire aveuglement sans preuve ni en avoir d’abord parlé avec la personne dont je suis quand même censée être amoureuse. Alors, merci Morgane d'avoir créé un couple qui utilise son cerveau. De ce fait, la crise des 80% n’était même pas vraiment entre les deux protagonistes (on en a marre des évènements soudains qui font éclater le couple d’un coup sans réelle justification) mais c’était eux, ensemble, contre un problème (entre autres, l’arrestation de Lou).
Le second point très positif est la gestion de l’identité sexuelle. On parle du couple Lou et Camélia, du plot twist incroyable, de la plume de Morgane… mais jamais je n’ai vu quelqu’un parler de la façon dont l’auteure a géré l’orientation sexuelle de ses personnages. Ça m’a fait tellement de bien de lire une histoire où l'orientation sexuelle n'est pas un sujet de débat, de jugement ou une étiquette collée au front pour faire de l'inclusion forcée à la Netflix. Lou est bisexuel, point. Ce n'est pas résumé à une préférence sexuelle ou à un cliché de "mec qui veut coucher avec tout le monde" (souvent l’étiquette qu’on attribue aux bisexuels dans la fiction…). C'est juste de l'amour, traité avec la même simplicité que sa relation avec Camélia (bon, même si on a tout de même bien jugé la relation entre Lou et Rory du point de vue de sa toxicité). Sur 500 pages, pas un seul mot sur "l'hétérosexualité" ou "l'homosexualité" des personnages, juste des sentiments. Et ça, c’est la vraie modernité. Je veux dire, bordel, on est en 2026, heureusement qu’en tant que LGBT on peut être entouré de personnes qui ne sont pas homophobes (bien que ce soit encore trop courant, je ne dis absolument pas le contraire). Dans les livres, dès qu’il y a une personne LGBT, il y a forcément quelqu’un qui le fera remarquer au cours de l’histoire, voire ça deviendra une source de drama injustifiée ou, encore pire, tout son entourage est aussi LGBT sans exception (les BL on vous voit), il n’y a plus de juste milieu.
Côté intrigue, m’attendant (merci Tiktok) à un plot twist de fou furieux, et étant une grande lectrice de polar et thriller, j’ai commencé à analyser tous les détails et à chercher le coupable dès les premiers chapitres. Je notais mes réactions et avis au fur et à mesure de ma lecture et, on ne va pas se mentir, certaines choses se voyaient venir de loin. L'histoire de l'encre invisible dans la lettre de Rory à Lou, c'était quand même une sacrée facilité scénaristique. J'ai passé la moitié du bouquin à me demander pourquoi Lou ne percutait pas plus vite alors que ça semblait évident. Je veux dire, une lettre totalement blanche, simplement signée en bas, sachant que toutes les autres lettres étaient des énigmes ? Lou, franchement, t’aurais pu y réfléchir un peu plus.
J'avais aussi Alastair dans le collimateur depuis le début, il avait été écarté de la liste des suspects un peu trop rapidement à mon goût, et sans vraie raison. D’ailleurs, j’étais tellement frustrée quand Lou lui révèle tout, like, il ne pouvait pas attendre d’être sûr de son innocence ? J’ai soupçonné absolument tous les personnages, même Lou et Camélia. Et évidemment, j’ai pensé à plusieurs reprises que Rory était peut-être encore en vie. Avant la révélation du plot twist, j’en étais venu à la conclusion que le meurtre avait été orchestré par les trois « amis » de Rory et Lou : Skye, Alastair et Gideon. Autant j’avais réussi à deviner pas mal de choses, autant le plot twist final m'a quand même laissée sans voix. Je n'avais absolument pas vu venir le fait que Rory soit vivant et qu'il ait pris la place d'Alastair. Alastair suspect, okay, Rory vivant, j’y ai pensé. Mais qu’il soit vivant, qu’il ait tué son propre frère et joué son rôle depuis le début ? J’avoue, mon esprit n’était pas allé jusque-là.
Si jamais vous êtes curieux, voici certains des plot twists auxquels j’ai pensé durant ma lecture :
Lou est vraiment coupable, ou alors Camélia. Possiblement, ils l’ont fait à deux (mais j’ai vite éliminé ces idées car je voyais mal Morgane nous faire un narrateur non fiable, même si cela aurait été hyper cool aussi).
Alastair a tué Rory tout seul (Gideon et Skye sont innocents car leur culpabilité était trop évidente).
Rory s’est suicidé car il laisse sous-entendre que son meurtrier fait partie du groupe de six, ce qui l’inclus lui-même. En plus, lorsqu’il met dans son testament « c’est que l'un d'entre vous a réussi à me tuer » cela pouvait être dans le sens « l’un d’entre vous est la cause de mon suicide, et donc de ma mort ». Dernier point qui allait dans ce sens, la phrase « si c'est toi Lou je serais déçu » qui sous-entendrait que le rejet de Lou serait la cause de son suicide et donc il est déçu que l’homme qu’il aime l’ai rejeté.
Rory est vivant mais… pas d’explications.
Maintenant, côté personnages, quel plaisir. La relation entre Lou et Rory est absolument géniale (au début j’ai même craint de ne pas réussir à apprécier la relation entre Lou et Camélia à cause de ça, oups). Soyons clairs, c’était ultra toxique, mais en même temps c’était tellement intéressant. J'ai adoré l'idée que Lou puisse aimer les deux de manière aussi intense sans que, contrairement à mes appréhensions, l’une des deux relations paraissent « moins bien ». Les deux étaient totalement différentes, et pourtant toutes autant bien écrites et captivantes. Et parlons de Camélia : quel plaisir de voir une héroïne qui sait faire des choses par elle-même et qui, pour autant, avait plein de défauts qui la rendaient humaine et attachante. En plus, elle ne finit pas en demoiselle en détresse retrouvée par Lou, elle se libère toute seule (au prix de ses ongles, littéralement) et c’est elle qui sauve Lou de Rory. Big up à elle aussi pour ne pas déchirer les préservatifs avec ses dents (arrêtez de faire ça dans les fictions, vous trouvez peut-être ça sexy, mais c’est une très mauvaise idée dans la vraie vie).
Malgré quelques petites maladresses logistiques, comme Lou qui rentre et sort de chez Camélia comme dans un moulin sans jamais avoir les clés et Camélia qui ne demande pas une seule fois comment il rentre (en plus, quand il prend l’intrus qui entre chez elle en embuscade, il le poursuit jusque dans la rue et ne revient jamais chez Camélia : je doute qu’il ait pris le temps de fermer derrière lui…), cette lecture en valait la peine. C'était fluide et facile à lire: Morgane Moncomble prouve qu'elle sait construire des intrigues prenantes et, surtout, des personnages attachants, même pour ceux qui, comme moi, passent rapidement devant le rayon romance sans lever les yeux.
Petite citation bonus qui m’a quand même fait exploser de rire : « Peinant à croire qu'une déesse pareille ait accepté de coucher avec le voyou que je suis », p.394. Okay Lou, t’es un vrai bad boy, toi.
Dernière chose vraiment irréaliste qui m’a dérangée est la fuite de Lou de l’hôpital, c’était un peu trop grandiose et dramatique. Mais, plus que ça, c’est le fait que ça n’ait entraîné aucune répercussion judiciaire après. Certes, il était innocent concernant le meurtre, mais il s’est quand même échappé de prison…

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